Les Cordeliers de Rennes (1235-1792)

 

Le duc de Bretagne, Pierre de Dreux, confia aux Franciscains le service de l’hôpital Saint Jacques, qui devient couvent en 1240.

Les Franciscains ont été les premiers religieux des Ordres Mendiants à s’implanter à Rennes, avant les Dominicains (1364) et les Carmes (1448).

Comme ailleurs, les Cordeliers sont appréciés par la population : les petites gens mais aussi les nobles et les bourgeois qui leurs font de nombreux dons (et ils s’enrichissent, deviennent puissants, contrairement à ce que voulait saint François d’Assise !) Ils deviennent une force sociale et religieuse avec laquelle l’Église, la Cité, doivent compter. Les nobles bienfaiteurs prennent l’habitude de se faire inhumer dans leurs églises. Les Cordeliers participent activement à l’évangélisation par la prédication, missions paroissiales, retraites spirituelles, évangélisant les campagnes et les villes de la région.

Les Cordeliers de Rennes ont également le souci de la sauvegarde de la Terre Sainte (ils ont certainement prêché la croisade). Ils ont aussi la charge du Tiers Ordre Franciscain (qui s’appelle aujourd’hui la Fraternité Séculière) et des communautés religieuses affiliées à l’Ordre. On donne aussi des cours de théologie et d’Écriture Sainte (on a gardé la mémoire d’un certain Frère Raoul qui a donné des cours à St Yves vers 1280).

 

La renommée du couvent a certainement augmenté encore avec la présence de Frère Jean de Samois, ancien confesseur de Boniface VIII,  Franciscain de Rennes qui est nommé évêque de Rennes en 1297 !

L’impossible réforme (XVIIème siècle)

Naissant d’un désir de retour au sources et des intuitions de St François, notamment en ce qui concerne la pauvreté, des réformes naissent au XVIème siècle chez les Fils de St François : les Capucins (qui existent toujours, mais ne sont plus présents en Ille et Vilaine depuis 2004), les Récollets. Avec l’appui de l’autorité royale, la réforme des Récollets se répand rapidement au XVIIème siècle en France.

À Rennes, les Récollets prennent la place des Cordeliers en 1643, puisque leur couvent leur a été légalement attribué par le pouvoir. La mort dans l’âme, les Cordeliers doivent partir mais ils ne tardent pas à se venger en reprenant par la force le couvent ! Si la population approuve ce coup de force (montrant d’ailleurs l’estime qu’elle a pour les Cordeliers et considérant les Récollets comme des intrus imposés par le pouvoir royal), ce n’est pas le cas de l’évêque de Rennes qui excommunie pendant un temps les Cordeliers turbulents !

Le retour des Récollets va se solder par un échec dramatique : on impose à la communauté un gardien (supérieur, chez les Franciscains) qui semble être Récollet. Ou du moins qui essaie de réformer la communauté. En 1646, il est ni plus ni moins assassiné par deux Cordeliers intransigeants ! Les meurtriers sont arrêtés et pendus haut et court en place publique (à proximité de l’actuelle Place des Lices où se trouvait l’échafaud).

Le Couvent des Cordeliers de Rennes ne sera jamais réformé ! Néanmoins, il fait preuve d’une belle vitalité (en 1768, avec 17 religieux, il est le plus peuplé des Couvents de Rennes) et va témoigner d’un certain dynamisme jusqu’à la Révolution.

Des liens étroits avec le Parlement de Bretagne

Comme leurs confrères Cordeliers de Nantes avec la Chambre des Comptes, les Cordeliers de Rennes entretiennent des liens privilégiés avec le Parlement de Bretagne tout proche, construit au XVIIème siècle ; liens renforcés avec l’hébergement des États de Bretagne qui y tenaient régulièrement leurs réunions. Il est possible que les Cordeliers aient eu le soutien des parlementaires dans leur lutte contre l’évêque (qui durera jusqu’en 1660, date où l’évêque est nommé ailleurs).

Suite au gigantesque incendie de 1720 (qui épargne le Parlement, à la différence de celui de 1994 –il a été remarquablement restauré depuis-), la Place du Parlement est aménagée telle que nous la voyons aujourd’hui. Les Cordeliers, dont l’entrée de l’église donne sur la place (actuelle rue Victor Hugo) participent à cet effort d’urbanisme de ce qui est la plus belle place de Rennes.

Le Couvent des Cordeliers entre dans la grande histoire (3 au 7 janvier 1789)

La plaque, à l’emplacement du Couvent rue Victor Hugo, rappelle que lors de la dernière réunion des États de Bretagne, « les députés jurèrent ensemble de demeurer fidèles à l’ancienne constitution du Duché souverain de Bretagne ». C’est braver l’autorité royale. Néanmoins, des « patriotes », plus ou moins manipulés, assiègent le Couvent avec le soutien d’un groupe venu de Nantes. Les députés décident de sortir l’épée à la main.

L’écrivain François-René de Chateaubriand, alors jeune député de la noblesse, rapporte cet épisode dans ses Mémoires d’Outre Tombe (Livre 5, chapitre 7). Et pour la petite histoire, Chateaubriand qui ne doute de rien, bien persuadé de sa valeur, fait comprendre que si c’était lui qui avait été tué au lieu d’un de ses compagnons, l’humanité aurait certainement perdu un génie !

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La Révolution et la fin

Comme partout ailleurs, la vie religieuse est confrontée à l’hostilité de la Révolution : au nom de la liberté, les commissaires proposent partout aux religieux de quitter leur état de vie, lors des inventaires qui ont lieu au Couvent en 1790. Sur les 11 religieux interrogés, un seul déclare vouloir quitter les Franciscains ! Par rapport à d’autres exemples, les Cordeliers de Rennes témoignent de leur fidélité à leur vie franciscaine et s’y montrent attachés ! D’autres religieux, Franciscains ou non, rejoignent le Couvent qui est choisi comme « maison de réunion » dès 1790. Durant ces années 1790-1791, plusieurs religieux partent, soit pour retourner dans la vie civile ou pour rejoindre le Clergé Constitutionnel (La Révolution ayant voulu créer une « Église d’État », avec la Constitution Civile du Clergé, en rupture avec Rome). La fermeture de la maison est décidée, malgré les protestations des religieux qui y restent alors (dont 14 Franciscains) en 1792. Elle est vendue à différents acquéreurs comme bien national. 

L’église sert un temps, en 1793, comme lieu de culte du Clergé Constitutionnel avant d’héberger l’autorité militaire, ainsi qu’une imprimerie qui diffuse les décrets de la Convention Nationale. Pendant quelques temps, au début du XIXème siècle, le Petit Séminaire du diocèse de Rennes occupe quelques locaux. En 1829, la future rue Victor Hugo est percée (elle prendra son nom actuel en 1885). Plus tard, un incendie provoque des remaniements importants.

Le vieux Couvent des Cordeliers n’est plus qu’un souvenir, avec des vestiges quasiment inexistants contrairement à d’autres villes (par exemple Nantes, Tours…). Il faudra attendre 1877 pour revoir des Franciscains à Rennes. Et lorsqu’il construiront leur nouveau Couvent, une petit boite en fer contenant quelques restes du vieux Couvent sera enterrée comme un symbole du lien entre le passé et le présent. 

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